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Le Parisien du 8/2/2000
SECURITE. Des kilomètres de galeries parcourent le sous-sol de Gagny. Ces anciennes carrières de gypse menacent de s'effondrer. La ville a décidé de les faire remblayer afin d'aménager un parc naturel de 40 hectares et de construire quelque 900 logements. Un plan pour combler les carrières souterraines LE SOUS-SOL d'une grande partie de Gagny est un gruyère. Conscient du danger que représentent les kilomètres de galeries souterraines des anciennes carrières de gypse qui s'effondrent peu à peu, la ville envisage de les combler. La mise en sécurité de 90 hectares permettrait de créer un parc naturel de 40 hectares et de construire quelque 900 logements. Mais les associations de défense de l'environnement tirent la sonnette d'alarme. Devenir une ville verte Les vieux habitants de
Gagny connaissent bien les trois carrières
de gypse. Celle de l'est, dite carrière
Saint-Pierre, s'avère de loin la
plus dangereuse. D'énormes fontis
(affaissements du sol) y apparaissent régulièrement.
Elle n'a encore jamais été
consolidée. France Construction
envisage d'y construire 500 logements.
Le troisième collège doit
aussi voir le jour en limite de ce secteur.
Mais le comité de sauvegarde du
plateau d'Avron et l'Association des naturalistes
des Côteaux d'Avron ont bloqué
le projet pour sauvegarder la faune et
la flore qui seraient précieuses
à cet endroit. La carrière
du centre, appartenant aux plâtres
Lafarge, borde la N 302. Elle est déjà
comblée pour l'essentiel. Seules
les galeries effondrées attendent
encore des injections de matériaux
destinés à les obturer. 250
logements y sont prévus. Enfin,
la carrière de l'ouest, dite carrière
Marteau, ne peut être remblayée.
l'inspection générale des
carrières s'y oppose formellement.
Là, à certains endroits,
se produisent des glissements de terrain.
Notamment aux Grands Côteaux, rue
André-Girardin. 150 logements doivent
y prendre place. Pour les trois sites,
il s'agit d'habitats mixtes comprenant
de l'accession à la propriété
et du locatif, dont un tiers de social.
La plupart de ces galeries souterraines
ne comptent qu'un niveau avec des hauteurs
atteignant 18 mètres. Les terrains
appartiennent à des propriétaires
privés que la mairie pousse à
mettre les lieux en sécurité.
« La ville de Gagny espère
un engagement de la région Ile-de-France,
pour obtenir une aide au remblayage, explique-t-on
à la mairie. Environ 1 million de
francs par an. Ce qui lui permettrait de
réaliser une opération blanche.
Dans l'avenir, une aide de l'Agence des
espaces verts n'est pas impossible non
plus. » Une convention de zone d'aménagement
concerté (ZAC) sera passée.
Gagny recevra gratuitement les deux tiers
des espaces sécurisés. Ce
qui la mettra dans le peloton de tête
des villes vertes de Seine-Saint-Denis,
avec 16 m2 d'espaces verts par habitant,
contre 4 m2\%actuellement. « Ce site est protégé » ALAIN THELLIER, membre de l'Association des naturalistes des coteaux d'Avron «CETTE HISTOIRE de carrières a toujours été notre cheval de bataille, explique le militant de l'Association des naturalistes des coteaux d'Avron (Anca). » Les pelouses calcaires marneuses qui constituent cet endroit sont, semble-t-il, assez rares, d'où la nécessité de les protéger, d'autant qu'elles abriteraient des espèces animales et végétales protégées. « Nous avons découvert sur ce site l'existence d'oiseaux comme le traquet ou le queue-rouge, ainsi que la présence de mantes religieuses et de grillons italiens, souligne Alain. Or, il s'agit d'espèces protégées en région parisienne. » Côté flore, ce n'est pas mal non plus. « Il existe sur ce terrain des aliziers de Fontainebleau, une espèce d'arbres protégée à l'échelon national. Nous avons donc demandé en décembre 1993 un arrêté de protection de biotope, et, en 1996, nous avons fait inscrire ce site en zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique. » Rien d'étonnant à ce que l'association ait rejeté la proposition d'aménagement d'un petit espace pour préserver la nature. « Il existe 3 hectares de site intéressant, on ne va tout de même pas accepter de ne sauver que quelques milliers de mètres carrés. » Mantes religieuses et grillons italiens L'association se dit d'accord
pour le comblement des galeries, mais pas
pour le remblaiement de la zone, au prix
du sacrifice d'un site protégé.
« Ils veulent remblayer sur des hauteurs
allant de 2 m à 10 m de haut, affirme
Alain. Cela veut dire 100 000 m3 de gravats
autorisés par la mairie de Gagny.
» L'association Gagny environnement
a déposé un recours administratif.
L'Anca lui a apporté son soutien.
Tout est bloqué jusqu'à connaissance
du jugement. «
Un jour, il y aura des effondrements »
JEAN-CLAUDE CAMELAN, spécialiste
des carrières «CES CARRIÈRES
sont dangereuses. Il faut les combler.
» Jean-Claude Camelan, de la société
Semofi, estime que si l'on ne fait rien,
un jour ou l'autre, on assistera à
des effondrements. « On enregistre
rarement de gros accidents, sauf lorsqu'on
a affaire à un effondrement généralisé,
mais je dis qu'il faut tout de même
combler ces kilomètres de boyaux
qui courent sous Gagny », explique
le spécialiste. Combler, on ne demande
que ça. Sauf qu'on n'arrive pas
à se mettre d'accord sur la technique
à adopter. La moins onéreuse
consiste à remblayer de l'intérieur.
On prend un bulldozer et on pousse les
gravats jusqu'au fond des galeries. Cette
méthode a des limites : elle ne
permet pas de remplir jusqu'en haut de
la voûte. La seconde technique consiste
à réaliser des forages et
à remplir par le haut, selon le
principe du sablier. L'inconvénient
est que le prix est beaucoup plus élevé.
Pour le directeur des services techniques
de la ville, la première méthode
suffirait pourtant pour la partie destinée
aux espaces verts, car même s'il
reste 0,50 m à un mètre de
vide, cela n'a rien de catastrophique.
Seulement, l'inspection générale
des carrières dit non ! «
Tout dépend de l'inspecteur adjoint
des carrières, fait remarquer Jean-Claude
Camelan. Le précédent autorisait
50 centimètres de vide. Le nouveau
exige le plein total. » Ce blocage
met le projet en difficulté, car
personne ne voit où trouver l'argent
nécessaire pour financer un chantier
de cette ampleur. |
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(c) h2o |
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